| Sylvie et Joséphine: au centre néonat | ||
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... retour à la maison |
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| Céline et Simon | ||
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Elle nous livre ici un texte d'encouragement aux mères désireuses d'allaiter leur enfant né trop tôt. Elle ne veut pas nier certaines difficultés, mais plutôt proposer des pistes pour se frayer un chemin parmi des informations souvent contradictoires et surmonter des obstacles qui se révèlent surmontables lorsque l'on sait comment les contrer ou les gérer. |
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Naître trop tôt et être allaité? Il est important, lorsqu'on évoque la prématurité, d'introduire les divers stades qui la subdivisent et de les intégrer dans le tableau global de la naissance. L'enfant né entre 36 et 33 semaines de grossesse est un prématuré simple. Entre 32 et 28 semaines de grossesse, il est grand prématuré. Sous cette limite, il est un prématurissime. La prématurité touche environ 8% des bébés, soit pour un pays comme la France entre 50000 et 80000 enfants par an, dont entre 3 et 5% séjourneront dans un centre de réanimation néonatale durant quelques jours, semaines ou longs mois. Même si les progrès de la médecine néonatale sont considérables, naître trop tôt n'est pas anodin. Plus la naissance est éloignée du terme de la grossesse, plus le risque de mortalité et de séquelles générant un handicap chez l'enfant est élevé. Bien que toutes les naissances prématurées soient potentiellement source de difficultés d'allaitement, je n'évoque ici que celles qui nécessitent un séjour prolongé de l'enfant dans un centre de néonatalogie, c'est-à-dire, en général, les grands prématurés et les prématurissimes. Autre précision indispensable: il s'agit d'un texte généraliste qui n'évoque pas les cas particuliers pour lesquels des raisons médicales empêchent l'allaitement maternel. Expérience plurielle Ce que je désire partager avec vous est le fruit de mon expérience en tant que maman d'Harmonie, mais pas uniquement. J'y associe toutes les mamans qui m'ont contactée après la sortie de "Ma Petite sur est revenue d'être morte", tous les membres des équipes de néonatalogie qui ont accepté de répondre à mes questions et m'ont permis d'acquérir des notions qui me faisaient défaut. Un bébé "à terme" dans la tête; né trop tôt dans la réalité Bien longtemps parfois avant l'acte de conception biologique, un enfant vit dans l'imaginaire de ses parents. Nous lui attribuons des qualités, le voyons jouer, rire, téter notre sein avec un absolu plaisir. Instantanés de bonheur, ces projets nous construisent parents. Nous nous en enveloppons au dernier trimestre de la grossesse lorsque le dos fait mal, les jambes sont lourdes, quand nous nous sentons lasses et que le temps semble s'étirer tel un vieux chat au coin du feu. Si nous avons déjà choisi l'allaitement maternel, le film de cette petite frimousse toute ratatinée se nourrissant de nous nous offre une vision de continuité, d'harmonie, de symbiose. Nous nous apprêtons à accoucher sans qu'il y ait une totale rupture physique entre notre enfant et nous. Et nous en sommes heureuses. Et puis soudain, il n'y a que le vide ou plutôt un téléscopage entre le désespérant vide de notre ventre, en l'encore plein de notre imaginaire. A cela s'ajoute la peur, l'urgence, l'incertitude, la douleur, l'incompréhension, la culpabilité. Nous vivons une forme de " décrochage " psychique avec, de temps à autre, une trouée dans les nuages qui nous bascule dans la réalité. Les jours qui suivent l'accouchement semblent souvent hors du temps ; nous fonctionnons en automate. Notre enfant peut avoir été transféré dans un autre hôpital, à des kilomètres de nous. Voilà les circonstances lors desquelles une infirmière nous demandera si nous désirons allaiter notre enfant ou non. Allaiter cet enfant Dans ces moments-là, ce choix peut s'inscrire dans la manière dont nous abordons la vie. C'est l'histoire de la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide. La qualité des informations que nous recevons, la personnalité de l'infirmière, le regard du papa: tout est susceptible de nous influencer dans un sens ou dans l'autre. Si cette naissance est la première, nous serons d'autant moins armées pour prendre une décision et parfois la défendre. J'ai fait le choix de l'allaitement Je suis partiale. Dans mon esprit, maternité et allaitement vont de pair. Et allaiter son bébé prématuré résonne comme une nécessité, un acte de foi dans la vie, une promesse de lutte avec et pour son bébé, quelle que soit l'issue du combat. Allaiter son prématuré n'offre ni plaisir ni satisfaction immédiate Une machine (le tire-lait) ne vous sourit pas, ne vous regarde pas, ne s'endort pas lorsque vous l'éteignez. Cela requiert de la patience, de la discipline, et une volonté à toute épreuve. Selon les études, près d'une femme sur deux choisit d'allaiter son enfant, mais près des trois-quarts abandonneront avant le retour à domicile. Il est vrai que les semaines passent et vous épuisent. Le contenu des biberons suit les fluctuations du moral, lui-même soumis à l'état de santé de votre bébé A chaque fois que vous allumez l'aspirateur à lait, vous ne pensez qu'à l'instant où !!!!!!! enfin mini-schtroumpf ou mini-schtroumpfette prendra votre sein. (C'est une belle manière de porter bébé " dans sa tête " !) Chacune y va de son truc pour se stimuler: une photo devant les yeux, la dernière brassière portée sous le nez, Nous pleurons toutes, nous nous décourageons toutes, souvent nous avons envie d'abandonner, souvent nous doutons. Pourquoi dès lors s'imposer toutes ces contraintes, alors que le lait industriel coule à flots dans le tuyau de gavage d'à côté? Parce que, même si nous sommes peu ou mal informées, nous avons l'intime conviction que notre lait est le meilleur pour notre bébé. Parce que nous ne pouvons être moins courageuses, moins fortes que notre petit bout au début de vie si difficile. Parce qu'au milieu de toutes ces femmes qui nous disent ce que nous pouvons ou non faire avec notre enfant, nous sommes les seules à pouvoir poser cet acte-là pour lui. La nature est prévoyante. Même si la "montée de lait" (qui s'accompagne parfois d'une congestion mammaire le deuxième ou troisième jour) peut être retardée ou diminuée par rapport à une naissance à terme, nous produirons du colostrum, puis du lait. Leur composition sera adaptée aux besoins de notre bébé prématuré. Le lait pré-terme est une vraie mine de santé pour lui. Rendez-vous compte: il est riche en enzymes, en acides gras à chaîne moyenne, en sels biliaires pour une meilleure digestion et absorption en graisse. Cette composition particulière aura comme conséquence directe de limiter le potentiel reflux gastro-oesophagien, rendra plus aisé le travail des reins, limitera la dépense énergétique, aidera à la maturation cérébrale. Ce lait est concentré en protéines et très énergétique, pour une croissance proche de celle du ftus. Les anticorps, les facteurs anti-infectieux et de renouvellement cellulaire protègent le bébé de certaines agressions contre lesquelles il ne pourrait se défendre, et diminuent le risque d'entérocolite ulcéro-nécrosante, dont les conséquences sont redoutables. Et ce n'est pas tout. L'allaitement au sein invite bébé à travailler le réseau musculaire buccal, et le lait maternel stimule le développement du sens gustatif. Certaines études ont ainsi démontré qu'un prématuré nourri au sein connaît moins de problèmes alimentaires, passe plus facilement à la nourriture solide et vocalise plus tôt! Entre la naissance et la mise au sein, il va s'écouler plusieurs semaines ou mois Le schéma que suit l'alimentation d'un prématuré dépend de sa pathologie, de son âge et de son poids. Suivant ces paramètres, il peut recevoir par voie veineuse un cocktail qui lui fournit ce dont il a besoin pour continuer à se construire. Ou être gavé via une sonde gastrique qui, passant par la bouche ou le nez, conduira le lait directement jusqu'à l'estomac. Idéalement, la position par voie orale devrait être privilégiée, car elle favorise la succion non nutritive. Cette succion peut être stimulée en donnant au bébé quelques minutes par heure (dix minutes maximum pour ne pas surstimuler, selon certains), une tétine si possible conçue spécifiquement pour les prématurés (matériel NIDCAP, Programme Néonatal Individualisé d'Evaluation et de Soins de Développement, H. Als, Harvard, USA). Il vaut mieux éviter les tétines trop courtes ou bulbeuses, qui risquent d'entraîne un apprentissage inadéquat. On a observé qu'ainsi, les bébés gagnaient plus vite du poids, étaient nourris par la bouche plus tôt, et restaient moins longtemps à l'hôpital. En outre, ils sont moins stressés, moins agités, et leur rythme cardiaque est plus stable. Les prématurés peuvent connaître des difficultés à émettre selles et gaz. Dans certains centres, des infirmières sont formées pour pratiquer les massages-bébé. Demandez leur de vous apprendre à masser son petit ventre pour l'y aider. Vers 32 semaines, les bébés dont l'état de santé est stable peuvent être, pendant le gavage, couchés sur le sein Les "mamans-fontaine" auront préalablement recours au tire-lait, pour éviter à leur bébé d'avoir à faire face à un flux d'éjection trop rapide et abondant. Les laisser tétouiller, découvrir et chipoter le mamelon leur permet d'apprivoiser en douceur ces nouvelles sensations. Il s'agit ici de ne pas faire de la mise au sein effective un moment de stress négatif pour le bébé et sa maman. A ce sujet, il faut savoir que les bébés prématurés qui ont été intubés et ventilés voient l'apprentissage de la succion souvent retardé et plus difficile. Lors des premiers essais de nutrition orale, ils peuvent réellement paniquer et montrer des signes de dégoût. On suppose que c'est à mettre en relation avec les soins désagréables qu'ils ont vécus, comme l'aspiration par exemple. Cette découverte du sein, à leur rythme, est d'autant plus importante pour eux. La relation entre les parents et les soignants, dans la période qui précède les premiers essais de mise au sein, est parfois plus tendue Peu à peu, nous avons pris nos marques dans le centre néonatal, gagné de la confiance en nous. Nous projetons sur notre bébé le désir de s'alimenter au sein, et le simple fait qu'il y ait cette barrière inamovible de l'âge semble dénoter un manque de considération pour la personnalité unique de notre enfant. Dans ces moments-là, souvenons-nous que notre enfant a la maturité de son âge. Tenons compte aussi des problèmes de santé qu'il a connus. Soyons patientes, et laissons-lui le temps de grandir. Discutons ouvertement mais calmement de ce qui peut, à tort ou à raison, nous agacer. La période que nous vivons nous rend particulièrement vulnérables et sensibles aux paroles ou aux attitudes de ceux qui nous entourent. Nous sommes comme notre bébé: à fleur de peau. Tout le monde connaît ces images de foetus suçant
son pouce in utero, avalant du liquide amniotique. Le nouveau-né,
pour se nourrir, doit parvenir à coordonner succion, déglutition
et respiration, et il s'est entraîné longuement pour y parvenir.
Pour le prématuré, essayer cet exercice avant environ 34
semaines d'âge gestationnel et un poids inférieur à
environ 1,8 kg, entraîne un danger d'inhalation du lait. Petit truc: il paraît que les sens sont à leur apogée entre 17 et 19 heures, on peut essayer de bien profiter de ce moment-là. Et pourtant, il peut arriver que notre bébé ne supporte pas une addition de stimulations. Cela se traduit, en général, par un changement de couleur de peau (marbrée, cyanosée, grise au lieu de rose, ...), une hyperextension d'un des bras, des mouvements rigides et saccadés, voire une désaturation. Si vous sentez votre bébé mal à l'aise, ou que vous observez ces réactions, testez ce qu'il peut gérer ou non. Certains enfants ne supportent pas qu'on les regarde, ou qu'on les caresse, ou encore qu'on leur parle pendant qu'ils s'alimentent ... Vers l'autonomie: l'arrêt du gavage La quantité de lait ingérée ne doit pas être estimée sur une prise mais sur 24 heures. De même, ne nous angoissons pas si notre enfant ne prend plus de poids ou même s'il en perd un peu au début de l'alimentation orale. Ce n'est pas notre lait et ses qualités qui sont en cause, mais la dépense énergétique de bébé qui augmente, ainsi que l'arrêt à cette période de la supplémentation protido-calorique. A ajouter au cortège des idées reçues: être nourri au sein ne fatigue pas plus que le biberon. Au contraire. Certaines études montrent que les prématurés désaturent moins lorsqu'ils bénéficient de ce mode d'alimentation. Vers deux mois, bébé paraît moins éveillé, semble moins avoir le désir de communiquer (pour un bébé né à 26 semaines, nous sommes juste à la mise en route de l'allaitement maternel). Pas de panique, pitchoun(ette) fourbit ses armes : on entame une période d'inhibition où il ou elle rentre dans sa coquille, histoire de nous revenir tout prêt à gérer de nouvelles stimulations et le retour à la maison! Ce stade, nous y pensons depuis la naissance. Nous lui conférons parfois un caractère magique. Nous pensons pouvoir enfin vivre ce qui nous a été interdit. Attention aux mirages et aux désillusions... Notre bébé s'est construit en majeure partie loin de nous, au rythme du centre néonatal et nous n'allons pas accueillir un nouveau-né. Ne cherchons pas à rattraper le temps perdu, mais profitons pleinement du présent : nous l'avons tous mérité. Il arrive que notre petit(e) refuse les contacts corporels peau à peau, pleure beaucoup. Soyons à l'écoute de ce qu'il nous dit, respectons-le, ménageons son repos. Il se détendra peu à peu. Nous voici au bout de la première grande étape de l'histoire de notre bébé. Nous avons parcouru beaucoup de chemin depuis sa naissance. Si la fatigue accumulée, le stress ou la reprise du travail ne nous permettent plus d'allaiter, soyons fières de ce que nous avons réussi : ce n'était pas facile. Quelques conseils pour les mamans qui tirent leur lait Ils sont issus de centres néonataux, de témoignages de mamans de prématurés, d'articles divers. Je vous les dresse sous forme de liste, ce qui leur confère un caractère directif dont, je l'espère, vous ne vous formaliserez pas.
Bon courage à toutes. Anne Laurent Sources bibliographiques de l'auteur
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| Des informations sur les défenses immunologiques
des bébés nés prématurément (lien renseigné
par Anne Laurent): http://www.lllfrance.org/publications/profdesante/archivDA003.htm |
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