... sur l'allaitement

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L'allaitement et lui

Au début, on dit "C'est bien"
Puis on avance: "C'est très bien"
Plus loin encore: "C'est quoi un biberon? Ca existe?"

Et maintenant, on ne rêve plus que de ça: un sein par-ci, un sein par-là. Enfin, trève de plaisanteries!

Pour moi, l'allaitement maternel, il n'y a rien de tel. Cela permet au bébé de pouvoir se nourrir de lait naturel à 100%, et pas de poudre de lait de vache qui ne sent pas très bon et qui coûte des sommes impressionnantes. Et puis, quand je vois d'autres papas qui s'affairent avec leurs dosettes, les biberons, l'eau et ensuite font la file devant le micro-ondes: très peu pour moi!

Faut pas croire que nous, papas, sommes délaissés! Que nenni.
Bien sûr, c'est un moment privilégié entre le bébé et la maman, mais quel plaisir de voir cet enfant ne grandir que par le fait qu'il s'alimente de ce que sa maman lui donne. Puis, au début, les papas se lèvent pour prendre le petit bout qui a faim pendant la nuit, c'est fatigant, mais cela ne fait-il pas partie de notre rôle de parents?

L'allaitement, c'est moins de stress pour les deux parents (pas de préparation), et un moment de détente pour le bébé. tiens, ne s'endort-il pas?

Bien à vous chers futurs papas,

Phil, papa de Tom, bientôt 18 mois (allaité depuis sa naissance)


Une maman obstinée

Nous sommes nombreuses à avoir dû nous battre, à avoir dû fermer nos oreilles aux conseils et informations contradictoires, aux critiques fondées sur la méconnaissance, à être rentrées chez nous blessées par des remarques stupides nous touchant au plus profond de notre intimité... et à puiser nos forces dans les regards très doux de ceux - connus ou inconnus - qui apprécient de voir un enfant et une mère dans une relation d'allaitement.

Nous sommes souvent fières d'y être arrivées: d'être parvenues à "nourrir" notre enfant du lait de notre corps et de notre coeur.

Et pourtant, c'est tout naturel.

Nous pensons chaleureusement aux mères qui, faute de soutien et/ou d'information, n'ont pas poursuivi cette aventure.

Nous aimerions croire qu'un jour les femmes seront plus nombreuses sous nos latitudes à évoquer la venue et l'allaitement de leurs enfants avec un sourire content

Une amie tombée enceinte six mois avant moi m'avait affirmé qu'elle n'allaiterait pas son bébé, car elle ne pouvait en supporter l'idée. Cela m'a donné l'occasion d'en discuter avec mon mari, et sur ce point, nous étions entièrement d'accord : l'allaitement était le moyen idéal de nourrir ce bébé que nous désirions tant, et nous ferions tout pour que cela se passe au mieux. Dès que je suis tombée enceinte, je me suis donc renseignée sur le sujet, notamment par le biais du livre du Dr Thirion. Malheureusement, tout ne s'est pas passé exactement comme nous l'avions rêvé.

Ma fille est née par césarienne en octobre 2001. Déjà, comme souvent dans ce genre de circonstances, on ne me l'a pas donnée immédiatement ; elle a été confiée directement au pédiatre. Lorsque je suis sortie du bloc opératoire, on m'a autorisée à la tenir contre moi quelques minutes, mais elle est ensuite allée en couveuse pendant deux heures. La mise au sein n'a donc pas pu se faire tout de suite. Nous n'avons essayé que plusieurs heures après la naissance, car une fois remontés dans la chambre, la petite dormait… et cet essai ne fut guère concluant. Elle n'avait pas l'air affamé, alors je n'ai pas voulu la forcer.

Le soir, la puéricultrice est venue pour me prendre ma fille. Je savais que si un bébé s'habitue au biberon, il risque d'avoir ensuite des difficultés pour prendre le sein ; je savais aussi qu'en maternité, les bébés qui passent la nuit en nursery reçoivent automatiquement un ou plusieurs biberons. J'ai donc argumenté pour pouvoir garder ma fille avec moi, espérant que dans la nuit, elle s'éveillerait un peu plus intéressée par la nourriture et que nous pourrions enfin procéder à cette fameuse "mise au sein". Peine perdue : comme j'avais été opérée et ne pouvais pas me lever, il me fut répondu que je ne saurais pas prendre soin de la petite (j'ai entendu la fameuse phrase "De toute façon nous nous en occuperons beaucoup mieux que vous ne pourriez le faire vous-même"…). Quant à mon mari, il n'était pas autorisé à rester pour m'aider.

J'avais déjà été très déçue de ne pas pouvoir, à cause de la césarienne, prendre ma fille sur mon ventre juste après sa naissance pour la laisser se diriger toute seule vers mon sein - je ne pensais qu'à cela tandis qu'on m'emmenait au bloc, insoucieuse par ailleurs de ce qui allait m'arriver, à moi (j'avais raison, puisque l'opération s'est très bien passée). Qu'on vienne me l'arracher alors que je n'avais même pas eu le temps de faire connaissance me bouleversait. Je me fichais bien de la fatigue, j'étais prête à veiller toute la nuit pour la regarder dormir ! J'en suis arrivée à sangloter et la puéricultrice m'a juré qu'elle ne donnerait pas de biberon au bébé pendant la nuit, pour ne pas compromettre la mise au sein, et qu'elle me l'amènerait dès cinq heures du matin pour la première tétée.

C'est ce qu'elle a fait - me rendre ma fille à cinq heures, en tout cas, car en ce qui concerne le biberon, bien sûr, elle le lui a proposé. Mais la petite n'en a bu que 20 ml: apparemment, elle n'avait toujours pas faim.

Au matin, elle était prête à essayer de téter, mais elle n'y arrivait pas. Elle ne parvenait pas à aspirer le bout de sein.

La façon dont la puéricultrice s'y est prise pour nous "aider" m'a rebutée immédiatement (déjà que je n'avais pas eu un bon contact avec cette femme, ne pouvant pas lui pardonner son pieux mensonge…). Elle prenait la petite par le cou d'une main - d'une main de fer ! -, mon bout de sein entre deux doigts de l'autre, et elle écrasait la tête du bébé contre ma poitrine en lui fourrant le bout de sein dans la bouche tant bien que mal. On aurait dit une petite fille maladroite forçant une poupée à manger. J'ai trouvé ça affreusement brutal. Aussi, quand elle s'est mise à bougonner qu'elle n'avait pas le temps, qu'elle n'avait pas que ça à faire, devant le peu de succès de sa manipulation (il faut dire qu'elle était à la fin de son service et qu'elle devait être bien fatiguée : ç'avait été une vraie nuit de pleine lune, avec une quinzaine d'accouchements), j'ai sauté sur l'occasion. "Allez-y, allez-y," lui ai-je dit, "nous allons nous débrouiller." Je préférais tâtonner toute seule, mais avec plus de douceur…

Et, oui, il a fallu tâtonner, mais nous avons fini par y arriver. C'est comme ça que mon mari nous a trouvées, au petit jour, lorsqu'il est passé nous voir avant d'aller travailler. Il était tout ému, car il avait longtemps rêvé de cette image.

Pendant toute la semaine que j'ai passée à la maternité, les tétées ont en quelque sorte été une bagarre perpétuelle. La petite semblait à chaque fois avoir oublié comment on s'y prend. Elle ne tétait pas longtemps, se décourageait vite, et réclamait souvent. Frustrée, elle criait au bout de quelques tentatives infructueuses. Et à force de subir ces pleurs, j'en arrivais parfois à me dire qu'elle me détestait… Mais je suis têtue, alors j'ai tenu bon.
Ma fille a passé les trois premières nuits en nursery, et a pris un biberon à chaque fois. J'avais compris qu'il ne servait à rien de m'y opposer tant que je ne pourrais pas me lever et "m'occuper d'elle" (comme s'il était vraiment indispensable de changer un bébé à chaque tétée, pendant la nuit!). Alors j'ai tout fait pour qu'on me considère rapidement comme apte à me lever (c'est-à-dire qu'on me libère du fatras de tuyaux qui me suivait partout…). J'ai "fait la brave", essayant de me tenir la plus droite possible lorsqu'on m'emmenait à la salle de bains, quitte à me plier en deux comme une petite vieille dès que j'étais hors de vue. J'ai rapidement gagné la confiance des sages-femmes et des infirmières, qui ont remarqué que je m'occupais bien du bébé (je les avais méticuleusement observées pendant que j'étais clouée au lit, et j'avais rameuté mes souvenirs de baby-sitting). Elles m'ont donc laissé un peu le champ libre, et ma fille et moi avons pu faire notre vie ensemble, jour et nuit.

Certes, la bagarre des tétées continuait, mais je tenais toujours bon ! Le pire, c'était pendant les visites. La petite finissait toujours par réclamer une tétée, et j'avais beau faire des remarques, les gens restaient là à piétiner tandis que la petite s'énervait ! J'ai fini par oublier la politesse et prendre l'habitude de les congédier gentiment. Les visites en étaient écourtées et cela a sûrement contribué à mon rétablissement rapide.

J'ai été par moment déprimée par la montée de lait. La petite n'en buvait pas beaucoup, et je tachais constamment mes vêtements. C'est assez désagréable quand on n'a qu'une minuscule salle de bain et que chaque geste de toilette reste douloureux ! Mais je riais aussi devant ma poitrine façon Dolly Parton, me montrant de profil à mon mari: "… Regarde, l'avantage avec d'aussi gros seins, c'est que mon ventre paraît carrément plat !!!" Une vraie caricature ! Heureusement, je savais que ça n'allait pas durer.

Grâce à ma bonne mine (j'avais emporté un peu de maquillage et des jolis pyjamas que je changeais souvent , ça aide !), j'ai obtenu de partir un peu plus tôt que prévu. Mon mari avait pris une semaine de vacances, cumulant les trois jours de congé de paternité et des jours de congés payés pour être avec nous pendant nos débuts à la maison. Il m'a beaucoup aidée et cela a certainement contribué à ce que les choses s'arrangent rapidement. Sans compter son soutien inconditionnel ! Quand la petite arrivait à prendre le sein, il nous entourait de ses bras et c'était un long câlin détendu et heureux.

Il y a quelques jours, ma petite fille a eu trois mois. Elle sait très bien comment téter aujourd'hui, plus besoin de lui mettre le bout de sein dans la bouche ! Elle se jette dessus comme un chaton gourmand. Les sourires qu'elle m'offre avant, lorsque j'ouvre ma chemise, et après, quand je lui essuie le bec, sont une récompense à eux seuls, s'il en fallait une. C'est un très beau bébé, "taille mannequin" (60 cm et 5 kg), avec de bonnes grosses joues de poupon. Elle est heureuse, éveillée, et fait presque toutes ses nuits. Si je dois la laisser seule avec son père - pour aller chez le coiffeur, par exemple… - je tire un biberon de lait avec un tire-lait Avent, ou je décongèle un sachet. Elle accepte très bien les biberons Avent, et c'est un plaisir supplémentaire pour son papa de s'occuper d'elle vraiment tout seul ! Bref, le bonheur, et cela après deux ou trois petites semaines de patience.

Mon moment préféré, c'est la première tétée du matin. Quand mon mari se lève, un peu avant moi, il va la voir ; elle est réveillée, mais n'appelle pas: elle joue avec ses mains, tranquille dans son lit. Il me l'amène et nous nous câlinons un moment, puis je lui donne le sein. Elle n'en prend qu'un et s'endort souvent dessus. Après quoi je la laisse faire la grasse matinée dans notre lit (après m'être assurée qu'elle ne va pas s'étouffer dans la couette et les oreillers) et je vais prendre un long et tranquille petit déjeuner, en lui tricotant un joli vêtement (ça aussi, je l'ai appris pour elle).

Je ne regrette pas d'avoir été si têtue.

Mon allaitement, en 1963, par Mariette Wollwert

Je n'avais pas pu allaiter mon fils aîné (aujourd'hui 45 ans) pour cause de césarienne et médicaments "nocifs" pour le bébé (c'est ce qu'on m'a dit). A la naissance du second, il y a 38 ans, j'ai allaité mon bébé.

J'ai travaillé jusqu'à sa naissance, à la fin du mois de février, et j'avais droit à 12 semaines de congé, c'est-à-dire les mois de mars, avril et mai. Après trois premiers mois d'allaitement, j'ai repris, en juin, mon travail d'enseignante. Pour les tétées où j'étais absente, j'utilisais le tire-lait. Ensuite, en juillet et août, j'ai repris l'allaitement complet. Enfin, à la rentrée scolaire - mon bébé avait 6 mois -, j'ai arrêté.

S'il n'y a eu aucune contrainte, aucun conflit liés aux événements de notre vie, la mémoire nous restitue ces faits, mais elle a gommé les sentiments qui les entouraient. Aussi, si on me demande dans quelles conditions j'avais décidé d'allaiter, je réponds: "ça allait de soi!". J'avais donné la vie, et je continuais naturellement en allaitant mon bébé.

Nos enfants nous sont donnés "non finis". Au début de la vie, ils ont besoin d'une maman donnante, comblante et bienveillante. Peu à peu, parce qu'éduquer, est aussi une mission qui nous est dévolue, nous pouvons être plus frustrante, privative et contraignante. Je crois aussi que pour sortir sans trop de dommages de 9 mois de pleine symbiose, nous avons besoin de rester physiquement attachées à notre bébé, et l'allaitement peut être ce lien. Le fait d'allaiter un enfant a toujours été un besoin naturel, mais la société et ses contraintes ont pu, à certaines époques, oblitérer ou détruire ce besoin.

Il y a une quarantaine d'années, mon époque de jeune femme active, accoucher ... allaiter était le résultat de l'acte d'amour, et de ce domaine on ne parlait pas. Que de tabous! De non-dits! De honte! Si on allaitait, ce n'était jamais un sujet de discussion. On s'isolait pour nourrir le bébé. Lorsqu'une brusque montée de lait faisait sur mes vêtements une auréole, j'étais mal à l'aise, presque honteuse. (Nous ne prenions évidemment pas de photos pendant les tétée!).

J'admire l'époque actuelle, parce que les jeunes parents y évoluent plus librement; ils suivent naturellement les pulsions qui entourent une naissance. Les bébés, on les retrouve partout. Ils font partie, dès le début, de la vie sociale de leurs parents. Les mamans peuvent, avec joie et fierté, allaiter leur enfant en public. Les papas paradent aussi avec humour et fierté avec leur "tout petit." Les "petites grenouilles" que sont les nouveau-nés vont dès le début pouvoir s'épanouir librement "accrochés" à maman, à papa.

Les aînés (soyez charitables: ne dites plus "les vieux"!) commencent certaines de leurs phrases par "de mon temps" ou "avant". Ils ont parfois raison de regretter un autre climat social ou affectif. Mais je me suis rendue compte, en écrivant ces quelques mots, qu'aujourd'hui les mamans peuvent être plus libres, plus positives dans leur rapport avec leur bébé. Et cela, c'est une vraie chance! Qu'elles la saisissent!

Mariette Wollwert, septembre 2001.